« Indignez-vous, indignez-vous », qu’il disait Stéphane Hessel. Il a été parfaitement entendu. Peut-être même un peu trop… Car Stéphane Hessel, ne nous trompons pas, a fait rimer indignation et action. Les réseaux sociaux et le Web constituent de formidables caisses de résonance pour l’indignation ou la simple constatation de faits mais les incitations à l’action, la proposition de solutions, sont plus rares.

Et cela n’est pas sans incidences sur le « moral des troupes ». Je m’inquiète souvent vis-à-vis de ma fille mais aussi de tous les enfants que je côtoie de les voir baigner dans un flux informationnel qui ne pousse qu’à se morfondre, se décourager et donc rester dans l’inaction.

Fatigué de voir, tous réseaux confondus, ces articles qui ne font qu’aligner de tristes records, nous indiquer des faits voire prédire le futur sans donner une once de solution.

Fatigué de lire, dès qu’une solution est proposée, soit des articles, soit des commentaires qui ne font que pointer les défauts existants sans évaluer le rapport avec les avantages.

Quitte à me répéter inlassablement, rappelons que tout pollue. Respirer pollue, un vélo pollue, une voiture pollue. Rien n’est sans incidences sur la planète mais ce qu’il faut mesurer est le degré de pollution et non faire une simple mesure à la louche.

Ainsi le numérique pollue dans certains cas tandis que dans d’autres il réduit les coûts environnementaux. Il est important de sortir dans un premier temps du « tout blanc » ou « tout noir » trop souvent guidé par divers intérêts et non une véritable logique. Il s’agit d’évaluer clairement les avantages mais aussi les coûts de telle ou telle solution, permettant ainsi de pointer clairement que telle solution est inutile tandis qu’une autre apporte un véritable bienfait.

Bref, je m’indigne… Mais pas sans solutions. Que peut-on donc faire ?

En premier lieu, cesser/diminuer les annonces catastrophistes sur lesquelles nous n’avons aucune prise.

Quand je travaille avec des enfants sur des projets de géographie prospective, le sujet porte souvent sur l’écologie, l’urbanisme, le vivre-ensemble. Nous recensons les problèmes lors de marches exploratoires par exemple puis proposons des solutions. Il y en a de 3 types : primo, des solutions soit utopiques, soit totalement indépendantes de nos moyens (développer des voitures qui ne polluent pas par exemple) ; secundo des solutions sur lesquelles nous n’avons pas prise directement mais pour lesquelles nous pouvons influencer les décideurs (proposer à la mairie de quartier de piétonniser la rue de l’école à certains horaires de la journée) ; enfin tertio des solutions qui nous sont accessibles directement (organiser un ramassage des déchets, verdir le quartier ou la cour de l’école…).

Deux catégories de ces solutions peuvent être mises en oeuvre facilement. Quant à la première, n’en parlons pas… C’est donc avec agacement que je vois s’aligner les articles sensationnalistes, catastrophistes pour lesquels je ne peux rien faire.

Qu’y puis-je en effet ? Pas grand-chose. Tout au moins directement. Je peux influencer en réduisant ma consommation de ceci ou de cela mais l’impact est indirect et peu visible. Il vaut mieux axer sur des actions beaucoup plus concrètes qui permettent d’engager et de motiver les participants et la communauté. Un récent échange sur le forum Hacker News concluait que l’idéal pour rester engagé et ne pas désespérer était en premier lieu de s’occuper de son environnement proche et de sa communauté afin de pouvoir directement constater l’impact. Cela n’empêche pas de s’engager pour de plus grandes causes mais aide fortement à conserver sa motivation.

En second lieu, cessons de mettre en avant des objectifs inatteignables, tout au moins difficilement atteignables. « Il faut réduire de 75% notre consommation de… » Voilà le genre de message qui décourage immédiatement et qui n’a aucune utilité. « Réduisons de 20% notre consommation de… » Voilà qui est déjà plus encourageant. Une fois les 20% atteints, rien n’empêche de proposer 25% puis 30% puis 35% et ainsi de suite jusqu’à obtenir les 75%.

Une méthode que j’ai suivie dans la gestion du sommeil préconisait pour habituer le corps à se lever tôt non pas à effectuer un choc en réglant le réveil dès le lendemain sur 5h30 mais en diminuant chaque jour l’heure du lever d’une minute. Effectuons de même dans nos objectifs écologiques. On pourrait m’objecter que cela va prendre du temps. Certes mais il vaut mieux trois fois rien (ce qui est déjà quelque chose, comme dirait Raymond Devos) que strictement rien du tout.

Donnons ainsi des actions réalistes et faciles à faire avant de pousser plus loin. Prenons un exemple simple. L’une des solutions les plus efficaces et les plus faciles à mettre en oeuvre pour stocker le carbone est tout simplement de planter. Il ne s’agit pas de planter n’importe comment et n’importe quoi mais, une fois quelques recherches menées sur la flore locale, il est facile de mettre en place un programme de plantation et plus particulièrement de verdissement en ville. Sortons immédiatement des sentiers battus en prenant la direction du « guerilla gardening » et des fameuses bombes à graines, de simples boules d’argile ou de papier mâché bourrée de graines que l’on jette sur les endroits disponibles.

Les recettes pour fabriquer des bombes à graines sont nombreuses et je suis tombé le plus souvent sur une méthode consistant à utiliser de l’argile en poudre. Croyez-moi si vous le voulez : j’ai fait tous les commerces de ma ville sans jamais pouvoir trouver cet argile en poudre. Seule solution : commander en ligne chez un fournisseur peu connu pour ses méthodes écologiques. Un comble ! C’est comme cela que j’ai découvert la méthode utilisant du papier mâché (recette bientôt en ligne). Il faut vite semer/planter avant que la plante ne commence à germer mais le but n’est quand même pas d’en faire des conserves et cela fait appel à un matériau peu coûteux et surtout recyclable.

Comme pour le numérique dans lequel les initiations se multiplient, nivelons la première marche de l’action écologique.

Enfin, valorisons les initiatives et solutions existantes. Sortons du tourbillon des mauvaises nouvelles. Je pense par exemple à une newsletter que je ne citerai pas et que j’ai cessé de lire, tant elle semblait destinée à me miner le moral. Révoltons-nous, oui mais surtout réveillons-nous ! Je ne suis pas sûr que la colère donne envie véritablement d’agir et je préfère compter sur la bienveillance.

Il existe énormément de projets en cours, d’initiatives écologiques et solidaires qu’il convient de mettre en avant pour donner envie d’agir et de partager. C’est pour cela que je reprendrai sous peu un concept issu de mon ancien blog, les fameux posts « Happy technology » qui listait articles et initiatives positives. Une fois par mois, quelques nouvelles qui, sans tomber dans le techno-béatisme, permettent de se redonner et de donner espoir.

En attendant, passez un excellent weekend. Explorez la flore locale grâce à l’application PlantNet et établissez votre futur programme de plantation !

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